# Comment restructurer ses crédits en évaluant la viabilité du projet

La restructuration de crédits représente une solution financière complexe qui nécessite une évaluation rigoureuse avant toute démarche. Face à l’accumulation de mensualités ou à un taux d’endettement préoccupant, de nombreux emprunteurs envisagent cette option sans toujours mesurer sa pertinence réelle. Pourtant, regrouper ses crédits ne constitue pas une décision anodine : cette opération engage l’emprunteur sur plusieurs années et modifie profondément sa structure d’endettement. Une analyse approfondie des capacités de remboursement, du patrimoine existant et des alternatives disponibles s’impose donc comme préalable indispensable. Cette démarche méthodique permet d’éviter les écueils d’un regroupement inadapté qui pourrait aggraver la situation financière plutôt que l’améliorer. La viabilité d’un projet de restructuration repose sur des critères objectifs, des calculs précis et une projection réaliste de l’évolution budgétaire du foyer.

Analyse du taux d’endettement et capacité de remboursement résiduelle

L’évaluation de votre situation financière constitue le socle sur lequel repose toute décision de restructuration. Avant d’envisager un regroupement de crédits, vous devez impérativement mesurer votre capacité réelle à honorer de nouvelles mensualités. Cette analyse ne se limite pas à un simple calcul arithmétique : elle englobe l’ensemble des flux financiers de votre foyer et projette leur évolution probable sur la durée envisagée du rachat.

Calcul du ratio dette/revenu selon les normes HCSF

Depuis les recommandations du Haut Conseil de Stabilité Financière (HCSF) entrées en vigueur en janvier 2021, les établissements bancaires appliquent des critères d’endettement stricts. Le taux d’endettement maximal est fixé à 35% des revenus nets du foyer, assurance emprunteur incluse. Ce ratio constitue désormais une norme quasi-incontournable, bien que quelques exceptions puissent être accordées dans la limite de 20% des dossiers traités par chaque établissement. Pour calculer précisément votre taux d’endettement actuel, additionnez l’ensemble de vos charges de crédit mensuelles (prêts immobiliers, crédits à la consommation, découverts récurrents) et divisez ce total par vos revenus nets mensuels. Si ce ratio dépasse 35%, votre dossier présentera des difficultés d’acceptation, même dans le cadre d’une restructuration. Les revenus pris en compte incluent les salaires nets, les revenus fonciers réguliers, les pensions alimentaires établies par jugement et les revenus professionnels non-salariés après abattement fiscal.

Évaluation des charges fixes et rest-à-vivre minimal

Au-delà du simple taux d’endettement, les organismes financiers scrutent attentivement votre reste-à-vivre, c’est-à-dire la somme disponible une fois toutes les charges fixes déduites. Ce montant doit permettre de couvrir les dépenses incompressibles : alimentation, transports, énergie, communications, frais de santé. Pour un célibataire, le reste-à-vivre minimal se situe généralement autour de 800€ à 1000€ mensuels, tandis qu’un couple avec deux enfants devra justifier d’au moins 1400€ à 1600€. Ces seuils varient selon les organismes et la localisation géographique. Lors de votre évaluation, recensez précisément toutes vos charges fixes : loyer ou remboursement de prêt immobilier

, abonnements, assurances, pensions alimentaires versées, frais de garde, impôts mensualisés, ainsi que les dépenses contraintes liées à la santé ou à la mobilité. L’objectif est de vérifier que la mensualité issue de la restructuration vous laisse un reste-à-vivre conforme aux standards bancaires. Si, après simulation, votre reste-à-vivre se situe à peine au-dessus des seuils minimaux, le projet devra être ajusté (montant racheté, durée, trésorerie intégrée) sous peine d’être refusé ou de fragiliser votre budget à moyen terme.

Impact des revenus variables et saisonniers sur la solvabilité

Lorsque vos revenus sont variables (commissions, primes, heures supplémentaires, pourboires) ou saisonniers (activité touristique, agricole, événementielle), l’analyse de solvabilité devient plus délicate. Les banques retiennent rarement le revenu le plus élevé : elles privilégient une moyenne constatée sur 12 à 24 mois, voire appliquent une décote prudente sur la part variable. Si vous êtes travailleur non salarié, indépendant ou micro-entrepreneur, ce sont généralement vos deux ou trois derniers avis d’imposition et bilans qui servent de référence.

Dans le cadre d’un projet de restructuration de crédits, vous devez donc anticiper cette prudence bancaire. Il est pertinent de calculer un « revenu prudentiel », c’est-à-dire le revenu moyen hors pics exceptionnels, et de bâtir votre plan de rachat sur cette base. Une astuce consiste à comparer vos charges actuelles de crédit à la mensualité future en simulant un scénario bas de revenus : si votre budget tient dans les mois les plus faibles, la viabilité du projet est nettement renforcée. À l’inverse, si votre restructuration n’est soutenable que les mois de forte activité, mieux vaut revoir le montage ou différer l’opération.

Simulation des mensualités optimales avec les calculateurs TAEG

Pour affiner votre décision, il est essentiel de recourir à des simulateurs de rachat de crédit intégrant le TAEG (Taux Annuel Effectif Global). Le TAEG englobe non seulement le taux nominal, mais aussi les frais de dossier, les frais de garantie et le coût de l’assurance emprunteur. En testant plusieurs hypothèses de durée (par exemple 120, 180, 240 ou 300 mois) et de montant racheté, vous visualisez l’impact direct sur la mensualité et sur le coût global de l’opération.

Concrètement, vous pouvez procéder par itérations : partir d’une mensualité cible compatible avec un taux d’endettement de 30 à 33%, puis ajuster la durée jusqu’à l’atteindre. Cette approche « par la mensualité » permet de rester centré sur votre capacité de remboursement réelle. N’oubliez pas de comparer aussi une simulation avec et sans trésorerie complémentaire pour un nouveau projet (travaux, rachat de soulte, achat de véhicule) : l’ajout de ce financement doit rester compatible avec un reste-à-vivre confortable, sans vous renvoyer vers une situation de surendettement à moyen terme.

Diagnostic patrimonial et audit des crédits existants

Une fois votre capacité de remboursement clarifiée, la deuxième étape consiste à dresser un diagnostic patrimonial complet et un audit détaillé de vos crédits en cours. L’objectif est double : identifier les dettes à regrouper en priorité (celles qui coûtent le plus cher) et mesurer la marge de manœuvre offerte par votre patrimoine immobilier ou mobilier. Cette vision globale vous aidera à arbitrer entre un simple rachat de crédits à la consommation, un montage incluant un prêt immobilier ou un rachat hypothécaire plus structurant.

Recensement des prêts immobiliers, consommation et revolving actifs

Commencez par lister de manière exhaustive tous vos engagements financiers : prêts immobiliers (résidence principale, secondaire, locatif), crédits à la consommation (auto, travaux, prêt personnel, crédit affecté), crédits renouvelables (revolving) et découverts bancaires persistants. Pour chaque crédit, relevez le capital restant dû, la mensualité actuelle, le taux nominal, la durée résiduelle et la date de souscription. Les tableaux d’amortissement fournis avec vos contrats sont la base de ce travail d’audit.

Les crédits renouvelables et petits prêts à taux élevé sont souvent les premiers candidats au regroupement, car ils pèsent lourd sur votre taux d’endettement tout en offrant peu de visibilité. À l’inverse, un prêt immobilier récent à bon taux peut parfois être conservé en l’état si son intégration dans le rachat renchérit trop le coût global. L’idée n’est pas de tout regrouper systématiquement, mais de hiérarchiser les dettes à restructurer en fonction de leur coût et de leur impact sur votre budget.

Analyse des taux d’intérêt contractuels et pénalités de remboursement anticipé

Un rachat de crédit implique quasi systématiquement des indemnités de remboursement anticipé (IRA) sur les prêts rachetés, en particulier sur les crédits immobiliers. Ces pénalités sont plafonnées par la réglementation (généralement 6 mois d’intérêts et 3% du capital restant dû pour un prêt immobilier), mais elles peuvent peser lourd dans le coût de l’opération. Il est donc essentiel de les chiffrer précisément pour chaque crédit visé par la restructuration.

Parallèlement, comparez les taux d’intérêt contractuels de vos prêts actuels avec les conditions du marché. Si vous avez souscrit vos crédits conso à des taux supérieurs à 8–10%, un regroupement à un taux plus modéré peut se justifier, même en tenant compte des IRA. En revanche, le rachat d’un prêt immobilier déjà bien positionné en taux (par exemple signé en période de taux bas) doit être étudié avec prudence. L’arbitrage consiste à vérifier si la baisse de mensualité et de taux d’endettement compense réellement le surcoût lié aux indemnités et à l’allongement de durée.

Identification des crédits amortissables versus in fine

Dans votre diagnostic, distinguez clairement les crédits amortissables des crédits in fine. Un prêt amortissable voit son capital diminuer à chaque mensualité, ce qui réduit progressivement la charge d’intérêts. À l’inverse, un crédit in fine ne rembourse que les intérêts pendant la durée du prêt, le capital étant soldé en une fois à l’échéance (souvent grâce à une épargne adossée ou à la vente d’un bien). Cette distinction est cruciale pour modéliser l’impact d’une restructuration.

Regrouper un crédit in fine dans un nouveau prêt amortissable peut avoir un intérêt si le coût du financement initial est élevé ou si l’épargne adossée n’a pas été suffisamment constituée. Cependant, cela modifie en profondeur la structure de votre dette : au lieu d’un gros capital à rembourser à terme, vous lissez le remboursement sur toute la durée. Vous devez alors vérifier que cette transformation reste cohérente avec vos objectifs patrimoniaux (par exemple, conserver un bien locatif à long terme plutôt que le vendre pour solder la dette).

Évaluation de la valeur nette du patrimoine immobilier et mobilier

La viabilité d’un projet de restructuration passe aussi par l’analyse de votre valeur nette patrimoniale. Pour vos biens immobiliers, estimez la valeur de marché actuelle (via des avis d’agences, des estimations en ligne ou une expertise notariale) et déduisez les encours de prêt associés. Le résultat correspond à votre « équité » ou valeur nette immobilière, qui pourra servir de base à une garantie hypothécaire en cas de rachat de crédit hypothécaire ou de regroupement incluant un prêt immobilier.

Ne négligez pas non plus votre patrimoine mobilier : épargne disponible, contrats d’assurance-vie, PEA, PER, véhicules de valeur, parts de société. Même si ces actifs ne sont pas toujours pris en garantie directe, ils renforcent votre profil d’emprunteur aux yeux des banques. Ils peuvent également être mobilisés partiellement pour réduire le montant à financer, et donc limiter l’allongement de durée ou le coût total du crédit après restructuration. En résumé, plus votre patrimoine net est solide, plus vous disposez de leviers pour négocier des conditions favorables.

Stratégies de regroupement de crédits et rachats hypothécaires

Une fois votre situation financière et patrimoniale clarifiée, il s’agit de choisir la stratégie de restructuration la plus adaptée. Selon que vous soyez propriétaire ou locataire, que la part immobilière de vos dettes soit majoritaire ou non, et que vous acceptiez ou non de mettre un bien en garantie, les montages possibles diffèrent sensiblement. L’objectif reste de trouver un équilibre entre réduction des mensualités, maîtrise du coût global et conservation d’une flexibilité suffisante pour vos futurs projets.

Rachat de crédit par substitution versus consolidation bancaire classique

On distingue classiquement le rachat de crédit par substitution et la consolidation bancaire classique. Dans le premier cas, un nouvel établissement (ou parfois votre banque actuelle) rachète l’intégralité de vos crédits existants et les remplace par un seul contrat unique. C’est le schéma le plus courant pour les regroupements incluant un prêt immobilier ou un volume important de crédits à la consommation. La substitution implique le remboursement anticipé de chaque prêt d’origine, avec les IRA correspondantes.

La consolidation bancaire, elle, peut parfois consister à regrouper plusieurs lignes de crédit au sein de la même banque, sans forcément passer par un nouveau prêt global (réaménagement interne, rééchelonnement, fusion de lignes de découvert et de prêts personnels). Cette option est plus rare pour les dossiers complexes, mais elle peut s’avérer intéressante lorsqu’un seul établissement détient déjà la majorité de vos encours. Dans tous les cas, vous devez comparer la solution proposée à une offre concurrente de rachat de crédit pour vérifier que la baisse de mensualité ne se fait pas au prix d’un surcoût excessif.

Garanties hypothécaires et inscription IPPD pour les montants supérieurs à 75 000€

Pour des montants de rachat importants, notamment lorsque la part de prêts immobiliers ou la trésorerie demandée dépasse 75 000 €, les organismes peuvent exiger une garantie hypothécaire ou une inscription en IPPD (Inscription en Privilège de Prêteur de Deniers). Concrètement, votre bien immobilier est alors pris en garantie : en cas de défaut de paiement, le prêteur dispose d’un droit de saisie et de vente pour se rembourser. Cette sûreté réelle rassure la banque et permet souvent d’obtenir des taux plus compétitifs et des durées plus longues.

Ce type de montage implique toutefois des frais supplémentaires (émoluments de notaire, taxe de publicité foncière, mainlevée de l’ancienne hypothèque le cas échéant) et un engagement plus fort de votre patrimoine. Avant d’opter pour un rachat de crédit hypothécaire, il est donc crucial de simuler le coût total de l’opération en intégrant ces frais au TAEG, puis de le comparer à un rachat conso simple éventuellement limité en montant et en durée. La question clé est la suivante : l’avantage en terme de mensualité et de taux d’endettement justifie-t-il l’adossement de votre bien à la nouvelle dette ?

Négociation des conditions avec créatis, solutis ou cofidis

En matière de restructuration, plusieurs acteurs spécialisés comme Créatis, Solutis, Cofidis ou encore des banques traditionnelles (CIC, La Banque Postale, etc.) proposent des offres de rachat de crédits conso et, pour certains, des montages incluant de l’immobilier. Chaque établissement a ses propres critères d’acceptation, ses grilles de taux et sa politique de frais, d’où l’importance de mettre les offres en concurrence. Passer par un courtier peut s’avérer pertinent pour accéder à un panel plus large d’organismes et bénéficier de négociations centralisées.

Dans la discussion avec ces partenaires, ne vous focalisez pas uniquement sur le taux nominal. Interrogez-les sur le TAEG, la possibilité de moduler les échéances, les frais de dossier, les options de remboursement anticipé partiel sans pénalité, ou encore la flexibilité en cas de coup dur (reports d’échéance, pauses de remboursement). Une restructuration bien négociée, c’est un peu comme un contrat d’assurance sur votre budget : vous cherchez non seulement le prix, mais aussi le niveau de protection et la marge de manœuvre dont vous disposerez dans la durée.

Scénarios de restructuration et projections financières pluriannuelles

La troisième étape d’une démarche sérieuse consiste à élaborer plusieurs scénarios de restructuration et à en projeter les effets sur plusieurs années. Plutôt que de vous contenter d’une seule simulation, il est judicieux de comparer différentes combinaisons de durée, de montant de trésorerie et de type de taux. Cette approche par scénarios permet de visualiser l’impact de chaque choix sur votre budget mensuel, votre taux d’endettement et le coût global du crédit, un peu comme si vous testiez plusieurs itinéraires avant un long voyage.

Modélisation par tableaux d’amortissement différenciés

Les tableaux d’amortissement sont des outils précieux pour comprendre la dynamique de votre nouvelle dette. Ils détaillent, mois par mois, la part d’intérêts et de capital dans chaque échéance, ainsi que le capital restant dû. En modélisant plusieurs tableaux avec des durées différentes (par exemple 180, 240 et 300 mois), vous visualisez immédiatement comment la mensualité baisse lorsque la durée s’allonge, mais aussi comment le montant total des intérêts augmente.

Un bon réflexe consiste à placer côte à côte le tableau de vos crédits actuels (si vous les conserviez en l’état) et celui du rachat envisagé. Vous pouvez alors comparer le capital restant dû au bout de 5 ou 10 ans, le montant global remboursé sur la période et la flexibilité de sortie (possibilité de revendre un bien, de solder par anticipation grâce à une rentrée d’argent). Cette modélisation vous aide à choisir un scénario qui reste compatible avec vos projets de vie : changement de logement, retraite, études des enfants, création d’entreprise, etc.

Comparaison taux fixe versus taux variable capé

Certains établissements peuvent proposer des taux variables capés en alternative aux taux fixes traditionnels. Un taux variable capé évolue en fonction d’un indice de référence (par exemple l’Euribor), mais avec une limite de variation maximale (le « cap »). En période de taux élevés susceptibles de baisser, ce type de produit peut sembler attractif. Toutefois, dans une logique de restructuration de crédits visant la stabilité budgétaire, le taux fixe reste généralement privilégié, car il garantit une mensualité constante sur toute la durée.

Pour évaluer la viabilité d’un projet à taux variable capé, il faut simuler plusieurs scénarios d’évolution des taux : stable, en hausse modérée, en hausse maximale. Demandez-vous si votre budget supporte encore la mensualité dans le scénario le plus défavorable. Si la moindre hausse met en péril votre reste-à-vivre, il est plus prudent d’opter pour un taux fixe, quitte à renégocier plus tard si les conditions de marché deviennent nettement plus favorables.

Calcul du coût total du crédit et IRA optimisés

Une erreur fréquente consiste à ne regarder que la baisse de mensualité sans mesurer le coût total du crédit après restructuration. Pour évaluer la rentabilité réelle de l’opération, vous devez additionner tous les éléments : intérêts du nouveau prêt, frais de dossier, assurance emprunteur, frais de garantie (hypothèque, IPPD, caution), indemnités de remboursement anticipé sur les crédits rachetés. Comparez ensuite ce total au coût que vous auriez supporté en conservant vos crédits initiaux jusqu’à leur terme.

Dans certains cas, la restructuration peut coûter légèrement plus cher, mais offrir un bénéfice décisif en termes de trésorerie mensuelle et de prévention du surendettement. La clé est de savoir jusqu’où vous acceptez de « payer » pour sécuriser votre budget. Vous pouvez aussi envisager une stratégie d’optimisation des IRA : par exemple, ne racheter qu’une partie de vos prêts, ou attendre une date anniversaire pour réduire les pénalités. Un conseiller spécialisé ou un courtier pourra vous aider à identifier les fenêtres les plus favorables.

Projection de l’allongement de durée sur 180 à 360 mois

Les projets de regroupement de crédits impliquent souvent un allongement de durée significatif, parfois jusqu’à 180, 240 voire 300–360 mois pour les montages incluant un prêt immobilier. Allonger la durée revient un peu à étirer un élastique : la tension mensuelle diminue, mais la « distance » totale à parcourir augmente. Avant de vous engager sur 20, 25 ou 30 ans, projetez-vous concrètement : où en serez-vous à l’échéance en termes d’âge, de situation professionnelle ou de projets de retraite ?

Il peut être judicieux de choisir une durée théorique longue pour obtenir une mensualité basse, tout en prévoyant dès le départ la possibilité de remboursements anticipés partiels si votre situation s’améliore (prime, héritage, hausse de revenus). Ainsi, vous vous offrez une sécurité immédiate, tout en gardant la main pour réduire la durée réelle du crédit et donc son coût total. L’important est de ne pas oublier que la restructuration est un outil de rééquilibrage, et non un blanc-seing pour s’endetter de nouveau sans réflexion.

Critères bancaires d’acceptation et dossier de faisabilité

Même si votre projet vous semble cohérent, il doit encore franchir le filtre des critères d’acceptation des banques. Les établissements de crédit appliquent des règles internes strictes, encadrées par la réglementation (HCSF, loi Lagarde, directives européennes), mais aussi par leur propre politique de risque. Comprendre ces critères vous permet d’anticiper les attentes, de consolider votre dossier et d’augmenter vos chances d’obtenir un accord dans de bonnes conditions.

Documents requis par la loi lagarde et obligations FICP

La loi Lagarde encadre la distribution du crédit à la consommation et du regroupement de crédits, imposant une information claire de l’emprunteur et une vérification sérieuse de sa solvabilité. Concrètement, vous devrez fournir un dossier complet de justificatifs : pièce d’identité, justificatif de domicile, trois derniers bulletins de salaire ou bilans pour les TNS, derniers avis d’imposition, relevés de compte récents, tableaux d’amortissement de vos prêts en cours, éventuellement extrait de rôle fiscal ou attestations de dettes diverses.

Les organismes consultent également les fichiers de la Banque de France, en particulier le FICP (Fichier des Incidents de remboursement des Crédits aux Particuliers). Une inscription active au FICP complique fortement l’accès au rachat de crédits classique, même si certains acteurs spécialisés peuvent parfois étudier des solutions encadrées. Il est donc essentiel de connaître votre situation vis-à-vis de ces fichiers avant d’engager des démarches et, le cas échéant, de traiter d’abord les incidents à l’origine de l’inscription.

Scoring crédit et notation banque de france

Au-delà des documents, les banques recourent à des modèles de scoring internes pour évaluer le risque que représente chaque dossier. Ce scoring prend en compte de nombreux paramètres : stabilité de l’emploi, ancienneté dans le logement, niveau de revenus, taux d’endettement, historique bancaire (découverts, rejets de prélèvements), nombre d’enfants à charge, type de crédits demandés. Chaque critère contribue à un score global qui conditionne l’acceptation et les conditions proposées (taux, durée, garanties).

La notation Banque de France, notamment pour les professionnels et les TNS, peut également influer sur la décision. Si votre historique comporte des incidents passés mais régularisés, il peut être utile de les expliquer de manière transparente dans un courrier accompagnant votre dossier (maladie, séparation, perte d’emploi ponctuelle). Les établissements apprécient les dossiers « racontés » et cohérents : un projet de restructuration bien argumenté, centré sur la prévention du surendettement et l’assainissement durable de votre situation, aura davantage de chances de convaincre.

Conditions d’éligibilité des emprunteurs en CDI versus TNS

Les emprunteurs en CDI bénéficient généralement d’un accès plus facile au rachat de crédits, en raison de la stabilité présumée de leurs revenus. La plupart des banques exigent une ancienneté minimale de quelques mois à un an dans le poste actuel et l’absence de période d’essai. Les CDD longs, les fonctionnaires titulaires et certains contrats assimilés peuvent également être bien perçus, à condition de présenter une régularité de revenus suffisante.

Pour les travailleurs non salariés (TNS), indépendants, professions libérales ou dirigeants de société, les exigences sont plus strictes : au moins deux ou trois exercices clos, une activité rentable, des capitaux propres positifs et une bonne gestion de trésorerie. Les banques analysent les bilans, les liasses fiscales et parfois les comptes courants d’associés. Dans ce contexte, un accompagnement par un courtier ou un conseiller en gestion de patrimoine peut faire la différence pour présenter vos chiffres sous leur meilleur jour et structurer un projet de restructuration crédible.

Alternatives à la restructuration traditionnelle

Enfin, il est important de garder à l’esprit que la restructuration de crédits classique n’est pas la seule voie possible. Selon le niveau d’endettement, la gravité des difficultés rencontrées et la nature de votre patrimoine, d’autres dispositifs peuvent s’avérer plus adaptés. Les explorer en parallèle permet de vérifier que le rachat de crédits est bien la solution la plus pertinente, et non un simple réflexe face à des mensualités devenues trop lourdes.

Procédure de surendettement auprès de la commission banque de france

Lorsque la situation est déjà très dégradée et que vous ne parvenez plus à faire face à vos échéances malgré des efforts de gestion, la procédure de surendettement auprès de la commission de la Banque de France peut constituer une alternative nécessaire. Cette démarche, réservée aux particuliers de bonne foi, permet à la commission d’élaborer un plan de redressement : rééchelonnement des dettes, réduction des taux, voire effacement partiel dans certains cas extrêmes.

Cette solution a toutefois des conséquences importantes : inscription au FICP, contraintes sur la capacité à souscrire de nouveaux crédits, parfois vente de certains biens non indispensables. Elle doit donc être envisagée comme un ultime recours, lorsque la restructuration bancaire classique n’est plus envisageable. Avant d’en arriver là, un entretien avec un conseiller bancaire, un travailleur social ou un point conseil budget peut vous aider à faire le point sur les options ouvertes.

Médiation bancaire et plans d’étalement conventionnels

Si vos difficultés sont ponctuelles ou liées à un événement précis (baisse temporaire de revenus, accident de la vie), il est parfois possible de négocier directement avec vos créanciers des plans d’étalement conventionnels. Cette approche relève de la médiation bancaire ou amiable : vous sollicitez un réaménagement de vos échéances (allongement de durée, report partiel, baisse temporaire de mensualité) sans passer par un nouveau crédit unique.

Cette solution présente l’avantage de limiter les frais annexes (pas de pénalités de remboursement anticipé si les prêts ne sont pas soldés, pas de nouvelle garantie hypothécaire) et de conserver vos contrats actuels. En revanche, elle peut laisser votre taux d’endettement à un niveau élevé et ne pas offrir la même simplification qu’un regroupement de crédits. Là encore, la clé est de comparer, chiffres à l’appui, le scénario de médiation avec celui d’un rachat structuré.

Solutions de crédit-relais et prêts hypothécaires viagers

Pour les propriétaires disposant d’un patrimoine immobilier significatif mais d’une trésorerie limitée, des solutions spécifiques comme le crédit-relais ou le prêt hypothécaire viager peuvent être envisagées. Le crédit-relais permet de financer un nouveau projet (par exemple un achat immobilier) en attendant la vente d’un bien actuel. Il ne répond pas directement à un problème d’endettement structurel, mais il peut faire partie d’une stratégie globale de réorganisation patrimoniale, incluant la vente d’un bien pour solder des dettes.

Le prêt hypothécaire viager, quant à lui, s’adresse davantage aux seniors propriétaires souhaitant dégager des liquidités à partir de leur logement, sans obligation de remboursement de leur vivant (le capital étant remboursé lors de la succession ou de la vente du bien). Ce type de montage, encore peu répandu, ne remplace pas un rachat de crédits classique, mais il peut constituer une alternative lorsque la restructuration n’est plus accessible et que la priorité est de reconstituer un reste-à-vivre suffisant. Dans tous les cas, une étude personnalisée auprès de professionnels du financement et du patrimoine reste indispensable pour arbitrer entre ces différentes voies.